dimanche 11 septembre 2016

Quinze ans Après.

Une Lettre à Dédé

Cette année, en même temps que des lettres
de vœux pour le Nouvel An, j'ai reçu une
lettre d'un vieux copain de classe. Un
vieux copain de classe qui s'appelle Dédé
et il est malheureux.

Plutôt que de lui écrire, je vais lui
répondre par l'intermédiaire de ce p'tit
morceau d'cire. Et, si par hasard d'autres
garçons du même âge se trouvaient être dans
la même situation, je voudrais que ma toute
petite expérience et mon humble poème les
sortent un moment de leur découragement.

Je me souviens, Dédé quand on était môme,
tu te battais toujours pour oui ou pour non.
C'est toi qui prenais la tête des monômes.
Mon père aimait bien t'voir à la maison.

T'avais du courage t'étais franc, limpide.
Tu mettais ton cœur dans tout ce que tu faisais.
Tu m'écris maintenant que tu penses au suicide.
Qu'est-ce qui s'passe Dédé? Qu'est-ce que tu t'es fait?

T'as butté du nez sur de grosses misères?
Sur toutes les saletés qui trainent dans la vie?
Et t'as pris des chemins ou il n'y a plus d'lumières.
Des chemins de l'habitude ou l'on crève d'ennuis.

Tu t'lèves, tu t'couches et puis tu t'relèves.
T'es comme un horloge qu'on remonte le matin.
Ah, si seulement t'avais trouvé un bout de rêve
pour t'y accrocher. Ne serait-ce que d'une main.

Sans rêves dans la vie, Dédé tu vas t'perdre.
Fiche toi une passion quelque part dans l'corps.
Alors tu verras qu'la vie est superbe.
T'auras d'un seul coup des matins en or.

Dis toi, je suis pauvre et en bas de l'échelle.
J'peux pas être plus p'tit ni plus dédaigné.
Mais j'ai deux bonnes mains et une foi toute nouvelle.
Donc je n'ai rien à perdre et tout à gagner.

Fixe toi un but et puis part, et marche. Marche,
marche encore, marche sans arrêt,
craque tes os, grelotte, crève de faim, mais marche.
Ton repos ce sera de revoir le chemin déjà fait.

Oh, il y aura des raisons qui te diront. Arrête,
pour un peu de repos. T'as droit au beau jour.
Continue de marcher, ne tourne pas la tête.
Les gens qui se reposent se posent pour toujours.

Les beaux jours, bien sûr il faut les voir, sans doute.
Mais on les voit mieux quand on est bien debout.
Les gens qui se couchent sur les bords de la route
ne voient les beaux jours que par le dessous.

Saute les maladies enjambe les fatigues,
ça n'existe pas. La mort c'est pas vrai.
Fiche toi des envieux, des lâches, des intrigues.
Marche-leur sur la tête, lave tes pieds après.

Mais laisse dans ton cœur une porte grande ouverte.
Il faut que la charité puisse toujours entrer.
Il faut que ton cœur soit une fleur refaite.
Si tu veux recevoir, il faut d'abord donner.

Ne fais jamais rien sans penser aux autres.
Ne reçois jamais sans rien partager.
Confond dans ton cœur le mien et le vôtre.
Mais fais de ce vôtre un objet sacré.

Alors tu verras comment une belle flamme
montait dans ton cœur une grande et belle joie.
Des ces joies immenses qui vous inondent l'âme
et qui font pleurer sans qu'on sache pourquoi.

Il y a cinq ans, Dédé, un soir en Afrique,
un Père blanc m'a dit tout ce que je te dis là.
Le vent dans la dune faisait de la musique
et je l'entends encore en écrivant ça.

Le Père blanc est mort.
De lui, il me reste le souvenir des mots qu'il a prononcé.
J'te le redis Dédé
et j'te souhaite du fond de mon cœur, une bonne année.




Récit de Robert Lamoureux dans son Album intitulé
Histoires de Roses.

Transcription par Weiner Marthone, à la mémoire des
disparus des événements du 11 Septembre 2001.

Publié le 11 Septembre 2016

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